{"id":2810,"date":"2017-06-19T11:26:42","date_gmt":"2017-06-19T15:26:42","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.dev.uqam.ca\/?p=2810"},"modified":"2017-12-11T13:17:13","modified_gmt":"2017-12-11T17:17:13","slug":"entretien-avec-pierre-fournier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/2017\/06\/19\/entretien-avec-pierre-fournier\/","title":{"rendered":"Entretien avec Pierre Fournier"},"content":{"rendered":"<div><em>Cet entretien s\u2019inscrit dans la section\u00a0du blogue intitul\u00e9e \u00ab Acteurs et actrices \u00bb, qui pr\u00e9sente le travail et l\u2019implication d\u2019acteurs et d\u2019actrices, collectifs ou individuels, dont les actions ont fa\u00e7onn\u00e9 des pans de l\u2019histoire correspondant aux domaines de recherche du CHRS. Nous cherchons ici \u00e0 documenter le r\u00f4le de ces personnes ou de ces groupes peu connus, trop souvent ignor\u00e9s, mais qui \u00e0 leur mani\u00e8re et \u00e0 leur \u00e9chelle demeurent des t\u00e9moins et des acteurs de l\u2019histoire.<\/em><\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div><\/div>\n<div>\n<p><i>Pierre Fournier est travailleur social de formation. Il travaille comme organisateur communautaire et fait de la chanson sociale. Il a milit\u00e9 au sein du mouvement syndical, des groupes communautaires et d\u2019organisations politiques. Il se d\u00e9fini<\/i><i>t<\/i><i> comme travailleur de la culture, plut\u00f4t que comme musicien. Pour lui, la ch<\/i><i>anson est un v\u00e9hicule privil\u00e9gi\u00e9 <\/i><i>pour d\u00e9noncer l<\/i><i>es <\/i><i>injustice<\/i><i>s<\/i><i>.<\/i><\/p>\n<p>Entrevue par Beno\u00eet Marsan<\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"355\" height=\"462\" class=\"size-medium wp-image-2811 alignleft\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Couverture_DeLutteEnTurlutte.jpg?resize=231%2C300&amp;ssl=1\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Couverture_DeLutteEnTurlutte.jpg 355w, https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Couverture_DeLutteEnTurlutte-231x300.jpg 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><\/strong><\/p>\n<p><strong>Benoit Marsan<\/strong>\u202f: D\u2019o\u00f9 provient votre int\u00e9r\u00eat pour la chanson populaire et militante ?<\/p>\n<p><strong>Pierre Fournier<\/strong>\u202f: Tout d\u2019abord, j\u2019ai toujours aim\u00e9 la chanson. Mon int\u00e9r\u00eat pour la chanson populaire et militante provient des ann\u00e9es 1970 alors que j\u2019\u00e9tais aux \u00e9tudes en travail social. En \u00e9tudiant, j\u2019ai approfondi mes connaissances et r\u00e9flexions sur les injustices. Notamment, \u00e0 propos du fait que celles-ci sont inscrites dans les rapports sociaux qui r\u00e9gissent notre soci\u00e9t\u00e9. Parall\u00e8lement, je me suis rendu compte que la chanson avait un pouvoir important de rassemblement sur les individus et qu\u2019elle permettait de v\u00e9hiculer des messages. D\u2019o\u00f9 mon int\u00e9r\u00eat provient-il exactement ? Je ne le sais pas\u2026 Je sais cependant que j\u2019ai toujours aim\u00e9 chanter. J\u2019ai appris la guitare et le chant tout jeune, quand j\u2019\u00e9tais dans les scouts. \u00c0 cette \u00e9poque, je trouvais que les chansons autour du feu de camp cr\u00e9aient une unit\u00e9 et une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re, alors que nous chantions tous ensemble. Cet aspect de la culture et de la chanson, j\u2019ai pu le constater \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 travers les ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9v\u00e9nement important est ma rencontre avec Jean-Claude Parrot, un ancien leader syndical. Lors de ses voyages au Chili, il a constat\u00e9 l\u2019influence que pouvait exercer la culture \u2013 comme le th\u00e9\u00e2tre, le cin\u00e9ma et la chanson, etc.- au sein des mouvements sociaux et plus sp\u00e9cifiquement dans le mouvement ouvrier. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans le cadre d\u2019activit\u00e9s politiques au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019\u00e9tais proche de l\u2019organisation <i>En Lutte!<\/i> et je jouais dans leurs soir\u00e9es de solidarit\u00e9. Quelques ann\u00e9es plus tard, on s\u2019est revu \u00e0 Vancouver\u00a0dans le cadre des activit\u00e9s entourant le 1er mai, la journ\u00e9e internationale des travailleuses et des travailleurs, dans un festival qu\u2019on nomme l\u00e0-bas <i>May Works<\/i>. Je ne sais pas si \u00e7a existe encore\u2026 J\u2019y suis all\u00e9 en 1989 si je me souviens bien. L\u2019\u00e9v\u00e9nement se d\u00e9roulait pendant sept jours. Il y avait au programme du th\u00e9\u00e2tre, des conf\u00e9rences, des expositions, etc. Parrot \u00e9tait l\u00e0 comme conf\u00e9rencier. J\u2019avais un r\u00e9pertoire de chansons engag\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais c\u2019\u00e9tait disparate et \u00e7a ne faisait pas partie d\u2019une d\u00e9marche pr\u00e9cise. Jean-Claude Parrot travaillait alors \u00e0 la mise sur pied d\u2019un programme de formation avec les syndicats des postiers et des travailleurs de l\u2019automobile. Il voulait int\u00e9grer une dimension culturelle et historique \u00e0 celui-ci. Cette aventure a \u00e9t\u00e9 un moment d\u00e9cisif pour moi. Sans cela, j\u2019aurais probablement continu\u00e9 \u00e0 faire mes petites affaires, mais pas dans le cadre d\u2019un projet organis\u00e9 de la sorte.<\/p>\n<p>Je participais donc \u00e0 une formation de cinq jours, int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 une formation plus large qui s\u2019\u00e9chelonnait sur 5 mois, \u00e0 raison d\u2019une semaine par mois. On y abordait plusieurs \u00e9l\u00e9ments tels que les enjeux sociaux, une analyse de la conjoncture, les relations hommes\/femmes, l\u2019homophobie, le racisme, le sexisme, etc. Pour ma part, je pr\u00e9sentais une histoire du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux \u00e0 travers certains \u00e9pisodes marquants, le tout appuy\u00e9 par la chanson. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019est n\u00e9e l\u2019initiative <i>De lutte en turlut<\/i><i>t<\/i><i>e<\/i>. Pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 cette initiative plusieurs fois par ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong>\u202f: Que retrouve-t-on g\u00e9n\u00e9ralement comme contenu dans ces chansons ? Sur quoi nous renseignent-elles ? Existe-t-il une diff\u00e9rence marqu\u00e9e dans le r\u00e9pertoire qu\u00e9b\u00e9cois si on le compare au <i>folk<\/i> et au <i>protest<\/i> <i>song<\/i> anglo-am\u00e9ricain ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: Ces chansons pr\u00e9sentent un contenu assez vari\u00e9. Beaucoup tournent autour d\u2019anecdotes. J\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment travaill\u00e9 \u00e0 r\u00e9unir des textes de la chanson sociale du Qu\u00e9bec et plusieurs rel\u00e8vent du folklore. Il y a ensuite la chanson politique qu\u2019on retrouve au 19e si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, mais c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement en faveurou en d\u00e9faveur d\u2019un candidat aux \u00e9lections et c\u2019est aussi tr\u00e8s anecdotique. Il y a d\u2019ailleurs quelques personnes au Qu\u00e9bec qui ont travaill\u00e9 sur ce sujet, je pense en particulier \u00e0 deux livres\u202f: <i>Chansons <\/i><i>Politiques du Qu\u00e9bec<\/i>, en deux tomes, de Maurice Carrier et Monique Vachon. On y retrouve des centaines de chansons politiques. Pour moi, c\u2019est plus ou moins int\u00e9ressant, car c\u2019est surtout en lien avec la politique partisane.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du mouvement syndical, il y a \u00e9norm\u00e9ment de chansons qui portent sur des revendications ou des \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9cis, tel un conflit de travail. \u00c0 ma connaissance, le r\u00e9pertoire au Qu\u00e9bec et au Canada anglais est beaucoup moins riche et original que celui en provenance des \u00c9tats-Unis. Si par exemple on regarde la discographie des albums <i>De lutte en turlut<\/i><i>t<\/i><i>e<\/i>, beaucoup de compositions originales proviennent du sud de la fronti\u00e8re. Les chansons classiques compos\u00e9es par Joe Hill ou Woody Guthrie vont notamment revenir souvent dans le contexte canadien. Au Qu\u00e9bec, je trouve que la chanson ouvri\u00e8re est plus fragment\u00e9e et touche g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9cis. Ce qui en fait un corpus un peu plus disparate contrairement \u00e0 la chanson sociale. Bien entendu, il y a des exceptions, je pense \u00e0 <i>La vie de <\/i><i>factrie<\/i>, mais c\u2019est plus rare. On en compte une pour des dizaines de chansons militantes ouvri\u00e8res. Par exemple, <i>Heureux d\u2019un printemps<\/i> de Paul Pich\u00e9 a connu un succ\u00e8s qui r\u00e9side dans le fait qu\u2019il porte un message universel et qui perdure dans le temps, contrairement \u00e0 une chanson sur la gr\u00e8ve \u00e0 la <i>United Aircraft<\/i> ou encore les chansons compos\u00e9es par les groupes marxistes-l\u00e9ninistes dans les ann\u00e9es 1970. Souvent, ces chansons deviennent d\u00e9pass\u00e9es peu de temps apr\u00e8s leur \u00e9criture. Une chanson comme <i>La vie de <\/i><i>factrie<\/i>, bien qu\u2019elle date quelque peu, a toujours un \u00e9cho et peut \u00eatre chant\u00e9e dans plusieurs contextes encore de nos jours.<\/p>\n<p>Au Qu\u00e9bec comme aux \u00c9tats-Unis, les th\u00e9matiques de ces chansons se rejoignent. Elles abordent les conditions de vie\u202fcomme l\u2019exclusion ou le ch\u00f4mage. Les styles musicaux se ressemblent un peu aussi. Je trouve qu\u2019au Qu\u00e9bec on a cependant une petite touche humoristique qui vise probablement \u00e0 att\u00e9nuer la dure r\u00e9alit\u00e9, mais qui ne rend pas pour autant les chansons moins critiques. On est plus dans le style chansonnier avec des airs de <i>folk<\/i> et de <i>country<\/i>. D\u2019ailleurs, on ne parle pas beaucoup de la musique country. Cependant, sans \u00eatre un genre tr\u00e8s critique, on y raconte beaucoup le quotidien des gens du commun et leurs conditions de vie difficiles\u202f: par exemple les chauffeurs de taxi, les camionneurs, les travailleurs forestiers, etc.<\/p>\n<p><strong>BM\u202f<\/strong>: Il existe plusieurs chansons qu\u00e9b\u00e9coises qui ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es au cours de la Grande D\u00e9pression. Comment celles-ci nous permettent-elles de mieux comprendre cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 partir du point de vue des gens qui sont affect\u00e9s par la Crise ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: Il s\u2019agit d\u2019une source tr\u00e8s, tr\u00e8s riche. Les chansons des ann\u00e9es 1930 ont pour point de d\u00e9part la vie quotidienne, en plus d\u2019\u00eatre d\u00e9nonciatrice des conditions de vie des gens. On ne d\u00e9nonce pas toujours explicitement le syst\u00e8me, mais c\u2019est tout le temps sous-jacent. Elles sont \u00e0 la fois populaires et rassembleuses. Les gens se reconnaissaient dans les rythmes et les r\u00e9f\u00e9rents culturels. Elles \u00e9taient pour la plupart anonymes et les paroles \u00e9taient en majorit\u00e9 compos\u00e9es sur des airs connus. C\u2019\u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s commun dans la composition des chansons \u00e0 cette \u00e9poque. Par exemple, on dit que Woody Guthrie aurait compos\u00e9 plus d\u2019un millier de chansons. Cependant, la grande majorit\u00e9 de son r\u00e9pertoire est constitu\u00e9 de m\u00e9lodies qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 populaires. Au Qu\u00e9bec, on a fait la m\u00eame chose. C\u2019est ce qui permettait aux gens d\u2019exposer leurs conditions de vie en simplifiant la diffusion et l\u2019adh\u00e9sion du plus grand nombre. On a qu\u2019\u00e0 prendre connaissance de leurs contenus et on voit tr\u00e8s bien que les personnes sont pleinement conscientes de la situation et l\u2019expriment \u00e0 travers la chanson populaire. Par la chanson, on d\u00e9nonce un syst\u00e8me qui m\u00e8ne la classe ouvri\u00e8re \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 l\u2019exclusion.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong> : Quel est la d\u00e9marche derri\u00e8re le groupe musical <i>Break syndical<\/i> et dans quels contextes et \u00e9v\u00e9nements se produit-il ?<\/p>\n<p>Le credo de ce groupe de musique est la chanson sociale et ouvri\u00e8re. On a fait beaucoup de recherche pour constituer notre r\u00e9pertoire. R\u00e9cemment, on a d\u00e9cid\u00e9 de sortir un peu de la musique engag\u00e9e qu\u00e9b\u00e9coise et nord-am\u00e9ricaine pour se tourner vers un r\u00e9pertoire international, par exemple avec des chansons africaines ou br\u00e9siliennes. \u00c0 travers nos performances, on veut pr\u00e9senter l\u2019exp\u00e9rience riche des mouvements sociaux et du mouvement ouvrier. On cherche \u00e0 d\u00e9montrer que malgr\u00e9 plusieurs moments difficiles dans l\u2019histoire, on arrive toujours \u00e0 les surmonter. C\u2019est ce message qu\u2019on cherche \u00e0 diffuser \u00e0 travers nos performances.<\/p>\n<p>On joue beaucoup dans les groupes communautaires un peu partout au Qu\u00e9bec. On fait aussi des concerts dans les organisations syndicales, notamment dans les congr\u00e8s ou dans des cocktails. Des fois aussi, pour un <i>party<\/i> de retraite dans le milieu syndical, on va nous inviter pour faire une demi-heure ou 45 minutes de prestation. Cependant, ce que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, c\u2019est une formule \u00ab bo\u00eete \u00e0 chanson \u00bb. Par exemple, lorsqu\u2019un comit\u00e9 logement ou un groupe de d\u00e9fense des sans-emploi nous invite lors d\u2019un \u00e9v\u00e9nement. Jusqu\u2019\u00e0 il y a deux ou trois ans, on pouvait se produire quatre ou cinq fois par mois. Maintenant, on fait dix ou douze concerts par ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong>\u202f: Selon vous, comment la chanson engag\u00e9e permet-elle de transmettre la m\u00e9moire et l\u2019histoire des mouvements sociaux en g\u00e9n\u00e9ral et du mouvement ouvrier en particulier ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: La chanson est un v\u00e9hicule tr\u00e8s puissant pour faire passer un message. On ne parle pas de message subliminal ici. Il s\u2019agit de paroles qui circulent sur une m\u00e9lodie et les gens vont donc mieux les garder en m\u00e9moire. C\u2019est plus facile \u00e0 se rappeler qu\u2019un po\u00e8me ou un discours. Quand les chansons abordent l\u2019histoire sociale ou ouvri\u00e8re, non seulement elles permettent de retenir des \u00e9v\u00e9nements historiques, mais elles permettent aussi un exercice de r\u00e9flexion sur des enjeux sociaux. La chanson n\u2019a pas juste une dimension intellectuelle, elle a aussi une dimension \u00e9motionnelle. C\u2019est la convergence de ces deux dimensions qui rendent les messages plus percutants. Du moins, c\u2019est ce que je crois. Malheureusement, la chanson engag\u00e9e n\u2019est pas un genre que l\u2019on entend \u00e0 la radio. Elles ont une diffusion plut\u00f4t restreinte. Malgr\u00e9 tout, dans le contexte o\u00f9 elles sont jou\u00e9es, je suis convaincu que nos chansons ont un impact sur les gens.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong>\u202f: Pouvez-vous nous pr\u00e9senter l\u2019origine et l\u2019\u00e9laboration du projet de livre et de disque <i>De lutte en turlutte<\/i> ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: Comme je le disais plus t\u00f4t, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 par le syndicat des postiers et celui des travailleurs de l\u2019automobile pour participer \u00e0 leur programme de formation. J\u2019avais pour mandat d\u2019organiser une soir\u00e9e qui pr\u00e9sentait l\u2019histoire ouvri\u00e8re, mais \u00e0 travers la chanson. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de pr\u00e9senter des \u00e9pisodes marquants, soutenus par des chansons, plut\u00f4t que par l\u2019entremise d\u2019une ligne du temps et de dates. Plus \u00e7a allait, moins je parlais et plus je jouais et chantais. Tout \u00e7a m\u2019a forc\u00e9 \u00e0 syst\u00e9matiser une d\u00e9marche. J\u2019avais besoin de trouver une coh\u00e9rence dans les chansons que je pr\u00e9sentais et que je jouais. Elle s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 deux niveaux : dans l\u2019\u00e9laboration de mon r\u00e9pertoire, mais aussi dans ma r\u00e9flexion sur l\u2019histoire. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 soutenu par des historiens tels que Jean Provencher, Jacques Rouillard et Robert Comeau qui m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 comprendre la ligne du temps au Qu\u00e9bec, tant au niveau social qu\u2019au niveau des grands jalons de l\u2019histoire ouvri\u00e8re, des luttes importantes et des \u00e9pisodes d\u00e9terminants. Une fois cette chronologie \u00e9tablie, je me suis mis \u00e0 chercher des chansons qui correspondaient \u00e0 ces diff\u00e9rents contextes historiques. Au fur et \u00e0 mesure de mes formations, on me demandait ce qui restait de toute cette d\u00e9marche. Aussi, les gens voulaient les textes et les enregistrements des chansons, pour s\u2019en souvenir, ou bien pour les utiliser ou les jouer. Nous n\u2019avions ni l\u2019un ni l\u2019autre. Alors la production du livre <i>De Lutte en turlu<\/i><i>t<\/i><i>te<\/i> avec les paroles et les partitions musicales est devenue primordiale. S\u2019en est suivi l\u2019enregistrement des deux CD\u00a0 <i>De Lutte en turlu<\/i><i>t<\/i><i>te<\/i> <i>volume 1<\/i> et <i>De Lutte en turlut<\/i><i>t<\/i><i>e volume 2<\/i>. Comme j\u2019avais beaucoup de cahiers de chansons en provenance des \u00c9tats-Unis, je m\u2019en suis inspir\u00e9. Dans ces livres, on trouve les partitions, les paroles et des textes qui expliquent l\u2019origine des chansons ou leurs contextes de production. J\u2019ai alors choisi cinquante chansons et j\u2019ai demand\u00e9 au bassiste, avec qui je jouais, d\u2019\u00e9crire les partitions. Ensuite, je me suis mis \u00e0 la recherche de courts textes et de photos. Le corpus porte surtout sur le fait fran\u00e7ais, les conditions de vie ou les luttes ouvri\u00e8res. La premi\u00e8re chanson date des ann\u00e9es 1600 et la derni\u00e8re, <i>Du pain et des roses<\/i>, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour la marche de 1995 portant le m\u00eame nom. J\u2019ai contact\u00e9 cinquante personnes, des acteurs ou des commentateurs, pour \u00e9crire un texte explicatif sur chacune des chansons. Par exemple, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7oise David d\u2019\u00e9crire un cours texte pour pr\u00e9senter le contexte de la marche de 1995. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019est paru le livre <i>De lutte en turlutte<\/i>. D\u2019ailleurs, j\u2019ai travaill\u00e9 quelque temps \u00e0 la CSN, avant cette p\u00e9riode, et j\u2019avais \u00e0 l\u2019\u00e9poque amorc\u00e9 le travail sur un cahier de chants, un peu dans le m\u00eame esprit. Donc, ce livre \u00e9tait en quelque sorte la continuit\u00e9 de cette d\u00e9marche. Comme on avait le livre, les gens ont par la suite demand\u00e9 des enregistrements. On a alors enregistr\u00e9 deux CD en sollicitant des souscriptions en pr\u00e9vente aupr\u00e8s des syndicats.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong>\u202f: Est-ce qu\u2019une chanson en particulier se d\u00e9marque de votre r\u00e9pertoire musical par sa richesse et son importance historique ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: Il y en a quelques-unes, mais je pr\u00e9f\u00e8re parler de celles que j\u2019appr\u00e9cie particuli\u00e8rement jouer. Premi\u00e8rement, j\u2019en ai compos\u00e9e une avec le bassiste de <i>Break syndical<\/i>, Rodrigo Salazar, qui s\u2019intitule <i>Le citoyen m\u00e9content<\/i>. Cette chanson raconte la d\u00e9rive qu\u2019on observe depuis plusieurs ann\u00e9es dans les services publics, o\u00f9 l\u2019on passe du statut de citoyen \u00e0 celui de client. Il y a aussi un morceau de Woody Guthrie que j\u2019ai adapt\u00e9 en fran\u00e7ais, <i>Going<\/i><i> Down the Road<\/i>. C\u2019est une chanson f\u00e9tiche pour moi. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un type au statut pr\u00e9caire qui doit travailler pour nourrir sa famille et qui se questionne sur sa r\u00e9alit\u00e9 alors qu\u2019il est en conflit avec son patron. Finalement, je pense \u00e0 une de mes compositions, qui s\u2019intitule <i>Tu n\u2019\u00e9tais pas dans mes souliers<\/i> et qui raconte deux gr\u00e8ves, une dans le secteur de l\u2019amiante et l\u2019autre dans l\u2019industrie des p\u00e2tes et papiers, et qui traite des conditions de travail des gr\u00e9vistes, ainsi que de leurs aspirations.<\/p>\n<p><strong>BM<\/strong>\u202f: Avez-vous d\u2019autres projets musicaux en pr\u00e9paration ?<\/p>\n<p><strong>PF<\/strong>\u202f: Depuis deux ans, j\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment de plaisir \u00e0 donner un atelier qui s\u2019appelle <i>U<\/i><i>ne histoire sociale du Qu\u00e9bec en images et en chansons<\/i>.\u202fJe fais \u00e7a en solo. Je pr\u00e9sente une ligne du temps avec des \u00e9pisodes de l\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9coise. Le tout, par l\u2019entremise de photos et de chansons. Je joue neuf morceaux et je pr\u00e9sente plus de 150 images. J\u2019y inclus aussi un point de vue critique sur notre soci\u00e9t\u00e9. Je le donne dans des organismes communautaires et dans des groupes en charge de l\u2019accueil et de l\u2019int\u00e9gration des immigrantes\u202fet des immigrants. Avec l\u2019\u00e2ge, c\u2019est plus facile pour moi de jouer de la guitare et l\u2019atelier est plus agr\u00e9able \u00e0 donner qu\u2019un spectacle ou une pr\u00e9sentation qui comprend seulement des chansons. Je le donne autant que je veux et il est fortement en demande. Je l\u2019offre gratuitement aux organismes \u00e0 but non lucratif et je peux \u00e0 l\u2019occasion le donner plusieurs fois par semaine.<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet entretien s\u2019inscrit dans la section\u00a0du blogue intitul\u00e9e \u00ab Acteurs et actrices \u00bb, qui pr\u00e9sente le travail et l\u2019implication d\u2019acteurs et d\u2019actrices, collectifs ou individuels, dont les actions ont fa\u00e7onn\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2811,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[57,9],"tags":[32],"class_list":["post-2810","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-acteurs-et-actrices","category-blogue","tag-benoit-marsan"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2810","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2810"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2810\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2811"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2810"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2810"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs-test.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2810"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}